Docu élucidé #02 – Et pendant ce temps, Simone Veille ! – Théâtre

« Et pendant ce temps, Simone Veille ! », une pièce de théâtre représentée par la splendide troupe de Trinidad, fémin[humor]iste qui aborde l’incroyable évolution de la condition féminine au travers d’une mise en scène originale et enjouée. Le féminisme est au coeur de ce spectacle : la religion, la porno culture, la mode, la crise et la publicité sont des entités qui font régresser la condition féminine en France. Un fière hommage à Simone Veille, notre Mère Liberté.

Vendredi 19 janvier 2018, représentation au théâtre des nouveautés, Tarbes (65).

Face à son présentoir positionné à l’avant droit de la scène, Simone est la conteuse d’une histoire éprouvante, au coeur de l’actualité depuis 60 ans : celle de la condition évolutive des femmes dans la société française.

Pour raconter cette aventure passionnante exposée sous quatre générations, Simone veille à ce que ses trois congénères, chacune adoptant une lignée de rôles attribués à chaque scène, n’en oublient guère le moindre détail.

Assises face au public, les formes de leurs tabourets nous laissent deviner quelles époques sont alors évoquées, au fur et à mesure de la pièce : 1950, 1970, 1990 et 2010. Au centre de la scène, un écran de projection prend place en arrière plan : les vidéos projetées introduisent les sujets abordés dans leurs conversations.

Dans cette représentation théâtrale, Trinidad mélange jeux de mots subtiles et comédie musicale parodiée sur des airs de chansons phares des différentes époques. Les humoristes interprètent des artistes incontournables comme Céline Dion, Sheila ou encore Dalila. Une touche pétillante qui pimente l’originalité de la pièce.

Années 50.

En ce milieu du XIXème siècle, les femmes sont dociles, elles assurent un rôle d’ordre et de ménage dans les foyers. Giovanna parle de son nouveau robot Moulinex à Marcelle, petit bijou révolutionnaire qui tend à libérer les femmes de leur lieu de vie principal – la cuisine.  La société de consommation des Trente Glorieuses les soulage également des ardeurs de leurs maris, préoccupés par les programmes télévisés, autre révolution technologique de l’époque. Mais la femme n’est-elle réellement bonne qu’à « faire la cuisine » et à « s’occuper des marmots » ? Telles en sont convaincues Giovanna et Marcelle. France éclaire leur mémoire : au cours des deux guerres mondiales, ce sont bien elles qui ont orchestré les usines et semé les terres agricoles. Remarque intéressante qui embarque les trois humoristes à débattre sur l’émancipation économique, sociale et politique de la femme… Quant à leur sexualité, elle est quasi inexistante : grossesse après grossesse, les femmes sont fatiguées. Un mot des plus tabous finit par surgir de leur conversation : avortement.

« La séparation de la cuisine et du mariage – voilà une grande réforme, non moins importante que la séparation de l’Église et de l’État, tout au moins, dans la destinée historique des femmes. » – Marxisme et révolution sexuelle, d’Alexandra Kollontaï, femme politique socialiste, communiste et féministe soviétique.

Années 70.

Les femmes descendent dans les rues pour réclamer l’accès libre et gratuit à l’avortement. Simone de Beauvoir est à l’origine de ce mouvement de libération, d’après sa pétition approuvée par de nombreuses femmes, dévoilant la clandestinité des avortements qui les expose à de très graves dangers sanitaires et à de possibles poursuites pénales. Précédent cet évènement, la pilule devient à la portée de toutes les femmes, en 1967. Marceline et Francine s’en réjouissent. Quant à Giovannina, infirmière, elle l’a distribue gratuitement au planning familial. Pour la toute première fois, les humoristes détiennent un pouvoir total sur leur sexualité et sur leur capacité d’enfanter. C’est à l’horizon de cette révolution féminine que l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) médicalement assistée est dépénalisée par la loi Veil de 1975, proposée par notre chère et digne Simone Veil. Malgré ces changements, Marceline, Francine et Giovannina, descendance de la génération précédente, évoquent des discriminations de la part de professionnels de santé. Ces ségrégations touchent notamment les femmes mariées ou en instance de divorce. Le divorce par consentement mutuel devient aussi accessible durant cette période… Tout comme les tampons.

« Fêtées une journée, exploitées toute l’année. »
Slogan du Mouvement de Libération des Femmes, en référence à la Journée de la Femme, officiellement promulguée en 1975 par l’ONU.

Années 90.

Après son émancipation sexuelle, la femme pose un pied ferme dans le monde du travail. Entre mari et femme, les rôles sont échangés, les tâches ménagères réparties. Cependant, le corps de la femme perdure comme symbolique du désir masculin. Gina, opposée au port du voile, envisage de se refaire les seins. Mais pour Marcianne et Framboise, une chose est certaine : ces choix sont  tous deux influencés par le désir des hommes, l’un niant l’existence du corps féminin, l’autre réduisant la femme au statut d’objet sexuel. La femme n’est qu’au printemps de sa longue vie de combattante pour faire valoir l’égalité des sexes. Entre commandos anti-avortement et multiples violences sexuelles recensées, la domination masculine est encore loin d’être à terme.

« L’organisation internationale prévoit que les femmes n’accéderont effectivement à l’égalité que vers 2470. »
Femmes et fières de l’être – Un siècle d’émancipation féminine, de Sabine Bosio-Valici et Michelle Zancarini-Fournel.

2010.

Fin des Trente Glorieuse, place à la génération des arrières-petites-filles ! La condition féminine évolue doucement mais sûrement au sein de la société. Marcia, Fanfan et Janis constatent toujours des points qui font défaut… Fanfan, avocate, côtoie un homme qui gagne 27% de plus qu’elle, bien qu’il exerce la même profession. Cette inégalité salariale qui concerne la majeure partie des travailleuses compense-t-elle avec leurs congés maternités ? Fanfan, désireuse d’enfanter, est seule face à ce désir maternel. Seule, vraiment ? En tout cas, elle rejoindrait la grande communauté des femmes qui élèvent seules leurs enfants… Plus si seule tout compte fait ! Mais « il n’y a pas que la maternité pour se réaliser en tant que femme« , lui soutient Marcia.

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La Team Trinidad. De gauche à droite : Agnès Bove, Bonbon, Trinidad et Serena Reinaldi.

Dans leurs rôles, de gauche à droite : Serena REINALDI (Giovanna/Giovannina/Gina/Janis), Fabienne CHAUDAT (Simone), Trinidad (Marcelle/Marceline/Marciane/Marcia) et Agnès BOVE (France/Francine/Framboise/Fanfan).

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