Docu élucidé #01 – Demain, tous crétins ? – Documentaire

« Demain, tous crétins ? », un documentaire réalisé par T. de Lestrade et S. Gilman, diffusé sur Arte en novembre 2017. Ou comment faire le lien entre les perturbateurs endocriniens et les troubles neurologiques chez les nouveaux nés.

Durée du documentaire : 55 min.


« Nous devenons de plus en plus stupides. Et cela ne risque pas de s’arrêter… », précise le chercheur anthropologue britannique Edward Dutton, passionné de l’évolution de l’intelligence. Génération après génération, le taux de QI des nouveaux nés se voit diminuer, et ce, à partir des années 90. Cette baisse du quotient intellectuel est notamment remarquée dans les pays occidentaux.

Mais cette constatation alarmante ne représente en aucun cas l’unique menace. De plus en plus d’enfants en bas âge sont diagnostiqués de troubles cognitifs : déficit d’attention, hyperactivité ou encore autisme. À cette même période en Californie, le diagnostic autistique augmente de 600% en seulement 10 ans. Hausse tout bonnement constatée dans le reste des Etats-Unis : à ce jour, un enfant sur 68 est diagnostiqué autiste.

 

Comment cette fréquence s’explique-t-elle ? Un lien avec la chute du QI peut-il être établi ?

Thyroïde. Ce mot farfelu ne représente rien d’autre qu’une glande endocrine située à l’avant du cou. Je dis bien farfelu, car l’importance de la thyroïde est loin d’être vouée à une admiration identique à celle du coeur ou des poumons, par exemple. Pourtant, cet organe assure de multiples fonctions indispensables au bon fonctionnement de l’organisme humain qui nécessiteraient d’être connus de tous : régulation de la température corporelle, du métabolisme, de la reproduction, du fonctionnement musculaire, du système nerveux et de la croissance. Sans une activité thyroïdienne, notre corps serait amorphe.

Au XIXème siècle, le crétinisme désignait une maladie congénitale impliquant un sérieux retard mental, souvent établie par la présence d’un goitre, gonflement localisé au niveau du cou.

Le crétinisme, maladie congénitale étudiée au XIXème siècle, aurait un lien avec la présence de goitre.

Dans les années 70, des médecins ont prêté une attention particulière à ce symptôme physiologique, observé chez certaines populations :

– dans l’une des régions reculées de la Papouasie Nouvelle-Guinée, le médecin britannique Peter Pharoah remarque qu’un enfant sur 7 est atteint de crétinisme, un goitre est alors observé ;

– en Sicile, le docteur Francesco Vermiglio associe présence d’un goitre et léger retard intellectuel, constatés chez 14% des 719 élèves examinés.

 

Le crétinisme serait-il issu du mauvais fonctionnement de la glande thyroïdienne ?

Au travers de leurs recherches indépendantes, Peter Pharoah et Francesco Vermiglio sont parvenus à répondre à cette dernière problématique de santé. Tous deux ont déduit que ces troubles neurologiques provenaient d’un problème survenu lors de la grossesse : un dysfonctionnement de la thyroïde entrainé par une carence en iode.

L’iode est un minéral naturellement présent dans notre alimentation (sel iodé, poisson, etc.), élémentaire pour la fabrication des hormones thyroïdiennes. Sans iode, le développement cérébral du futur bébé ne peut se faire de manière adéquate.

Pour approfondir ses études scientifiques, Francesco Vermiglio a analysé les taux d’hormones thyroïdiennes et d’iode chez 16 patientes enceintes. Une hyperactivité, des troubles de l’attention et une baisse du QI ont été diagnostiqués chez 11 des 16 enfants, suivis pendant 10 ans.

 

La carence en iode est-elle l’unique cause des troubles du développement cérébral du foetus ?

Des substances chimiques envahissant notre environnement présenteraient une autre menace pour le fonctionnement de la glande thyroïdienne : le fluor, le chlore et le brome possèdent une structure similaire à celle de l’iode. Ne pouvant détecter une différence entre ces substances et l’iode, l’organisme humain les absorbe et fait face à une perturbation hormonale.

Fluor, chlore et brome : des constituants de produits toxiques dangereux pour le développement cérébral

Plus connues sous le nom de perturbateurs endocriniens, ces substances toxiques listées ci-dessous aggraveraient le développement cérébral.

  • Les PolyChloroBiphéniles (PCB), dérivés du chlore, ont été utilisés en masse dans les transformateurs électriques, plastiques, peintures et colles. Malgré leur interdiction dans les années 80, ces substances toxiques sont persistantes et retrouvées partout : dans la poussière, certains poissons, viandes et produits laitiers.

Thomas Zoeller, professeur de biologie à l’Université du Massachussetts, a prouvé une altération dans le développement cérébral et un changement comportemental chez les enfants par le biais de diverses expériences scientifiques, allant de l’expérimentation animale aux lignées de cellules humaines. Il en conclue que les PCB sont acteurs de toutes ces modifications.


Les PCB et la dioxine

Ces substances toxiques sont des Polluants Organiques Persistants. Tu peux retrouver leur explication dans la partie La face cachée des protections hygiéniques jetables conventionnelles.

Souviens-toi, la dioxine et d’autres perturbateurs endocriniens chloriques ont été retrouvés à l’état de traces dans les tampons et les serviettes hygiéniques conventionnels. Autre piste qui prouverait cet impact sanitaire chez les femmes et leurs futures descendances.

  • Le brome et le chlore sont des composants des retardateurs de flammes, imposés dans la fabrication de mobiliers. Ces produits chimiques nocifs ont été retrouvés dans certains matelas et canapés, mais également dans les appareils électroniques. Les lobbyistes de ces industries anti-flammes en ont fait un argument de vente pour protéger les foyers des risques incendies. Mais aucune différence de sécurité incendiaire n’a été constatée entre les mousses baignées dans des retardateurs de flamme et celles non traitées par ces produits chimiques.

Arlene Blum, chimiste américaine, a certifié la contamination des enfants portant des pyjamas anti-flammes, vendus dans les années 70 aux Etats-Unis et en Angleterre. Le Tris, retardateur de flamme, est un mutagène, susceptiblement cancérigène.

Des pyjamas constitués de produits toxiques antiflammes.

Plus tard, la chimiste se voit bazarder une grande partie de son mobilier, suite à une hyperthyroïdie diagnostiquée… chez son chat. Elle s’investit alors dans une chasse aux produits de literie contaminés, en commençant par une inspection du mobilier de son voisinage. Les conséquences sont effarantes : 81% des produits de puériculture testés contiennent du Tris. Par la suite, un lien a pu être établi entre retardateurs de flammes, perturbation du développement cérébral et baisse du QI de l’enfant constaté à l’âge de 7 ans.

Aux Etats-Unis, ces substances toxiques ont été interdites dans la fabrication d’articles anti-flammes seulement en 2013.

  • Les pesticides, dérivés du fluor, du brome ou du chlore, interagissent également avec les hormones thyroïdiennes (eux aussi ont été retrouvés dans les tampons et les serviettes hygiéniques conventionnels). L’exposition aux pesticides aurait contribué à l’explosion du cas d’autisme en Californie : plus de 600% en 20 ans. Les risques autistiques sont accentués si cette exposition a lieu aux second et troisième trimestres de la grossesse. Une averse d’études scientifiques menées sur ces substances toxiques n’ont vu le jour que trop récemment.
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    L’une d’entre elles, nommée Chamacos (enfant en espagnol) et réalisée chez des femmes enceintes, a éclairé les effets des pesticides sur leurs enfants à naître. Près de 200000 échantillons biologiques et environnementaux (sang, urines, poussières du domicile) récoltés ont permis de démontrer la neurotoxicité de ces molécules. Plus tardivement, des réflexes anormaux chez les nouveaux-nés, un retard intellectuel lorsqu’ils ont atteint 2 ans d’âge et une baisse de QI constatée à partir de 7 ans ont été diagnostiqués. Mais toutes ces futures mères n’ont pas été les sujets de ces suivis scientifiques par hasard : les adresses recueillies de ces patientes coïncidaient avec une carte, spécifiquement consacrée à l’utilisation géographique des pesticides, répertoriant la date, les lieux d’épandage, les noms et la quantité des produits utilisés.
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    Une autre étude, unique en son genre, consistait à analyser les 40 images IRM d’enfants exposés in utero au chlorpyriphos, insecticide neurotoxique interdit pour l’usage domestique mais toujours autorisé en agriculture. Des changements structurels ont été observés dans des régions cérébrales qui correspondent à l’attention et au contrôle de soi.
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    Le mystère des perturbateurs endocriniens élucidé par l’étude des batraciens ?
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    Barbara Demeneix, chercheuse au CNRS, a dirigé un autre test fiable, dont l’objectif était d’identifier des substances perturbatrices sur les hormones thyroïdiennes des têtards.
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    Un cocktail de 15 substances chimiques retrouvées chez des femmes enceintes est expérimenté sur les batraciens : bisphénol-A, triclosan, phtalates, métaux lourds… Toutes ces molécules ont été identifiées dans des cosmétiques, des savons anti-bactériens, des protections hygiéniques, des emballages alimentaires et bien d’autres encore.
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    Dans nos produits du quotidien, les substances toxiques sont incommensurables.

    L’équipe de chercheurs du CNRS a prouvé la nocivité du cocktail sur les hormones thyroïdiennes des têtards, identiques à celles des humains, et et sur leur cerveau. Hors, l’impact de ces produits sur la thyroïde humaine et sur le développement cérébral des enfants ne peut qu’être avéré.

    Aux Etats-Unis, près de 100 molécules chimiques sont détectables dans le sang de chaque nouveau-né. Elles sont cependant considérées comme insignifiantes pour la santé humaine. Sur cette centaine de molécules testées par l’équipe de Barbara Demeneix, 65% d’entre elles représenteraient une menace non négligeable pour le fonctionnement thyroïdien.

    Cependant, la chercheuse avance que la majeure partie des molécules qui altèrent le cerveau est toujours ignorée. Parmi la liste conséquente de substances chimiques considérées comme nocives pour la thyroïde, peu d’entre elles ont été à ce jour étudiées.

    À quand la fin de ce cauchemar, devenu une problématique de société minimisée par les Hautes Autorités de Santé ?


    Des conséquences économiques de taille fulminantes ?

Aux Etats-Unis, les écoles et habitations localisées à proximité des champs. Migraines, asthmes, troubles de la concentration, hyperactivité et troubles de l’apprentissage sont nettement constatés en milieux éducatifs.

Au fil des années, cette lente dégradation des capacités d’apprentissage remarquée en Europe et aux Etats-Unis nécessiterait d’importantes assistances scolaires, spécifiquement assurées auprès de 50% des enfants, privés de leur intelligence.

Leonardo Trasande, pédiatre New-Yorkais, a calculé le coût social et économique de cette chute progressive des points de QI, danger éthique altérant le potentiel intellectuel des enfants : si l’on se réfère à la productivité moyenne intellectuelle d’un enfant au cours de sa vie qui approche le million de dollars, alors la perte d’un seul point de QI équivaudrait à une chute de 2% sur sa productivité, soit un déficit économique de 20000 dollars par enfant.

L’estimation fragile des coûts sanitaires et économiques des perturbateurs endocriniens est conséquente : de l’ordre de 217 milliards de dollars en Europe et de 340 milliards de dollars aux États-Unis. Estimation fragile car ces montants incertains, déjà considérables, ne sont calculés que sur une petite partie de l’ensemble des perturbateurs endocriniens.

Selon Barbara Demeneix, « l’industrie chimique peut s’adapter à la régulation des perturbateurs endocriniens : elle peut innover et produire des molécules non-toxiques, sinon nous allons probablement assister à la disparition du cerveau humain, structure la plus sophistiquée que l’évolution n’ait jamais connu. »

Malgré les résultats de cette chercheuse et de ses consoeurs et confrères scientifiques, l’argumentation de ces constatations sanitaires déplorables ne peut contrer les lobbyistes, toujours partants pour financer de nouvelles études et pour condamner celles qui les dérangent.

Demain, à défaut d’être tous crétins, nos enfants nous accuseront.


Sources :

Les produits retardateurs de flamme présentent des risques, Stéphane Foucart, Le Monde, 23 octobre 2015 ;

Le chlorpyriphos, le pesticide qui a failli être interdit en Californie, Corine Lesnes, Le Monde, 22 novembre 2017.

 

 

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